21 manières de décrire la mer  (sélection)

 

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« Et le malade, en mer, dira qu’on arrête le bateau pour qu’on puisse l’ausculter. Et grand loisir à tous ceux de l’arrière. »

Saint-John Perse : Eloges

 

- Professeur Y : Et c’est ça que vous avez voulu illustrer ?

 

-François Salès : Exactement. Cela même. Le « grand loisir ». Et encore : « l’eau pareille en songe au mélange de l’aube ».

 

-Professeur Y : Et puis quoi encore ?

 

-François Salès : Et puis ? « les morsures du jour sur le dos de la mer ».

 

-Professeur Y : C’est tout ?

 

-François Salès : Oui, voilà, enfin la mer n’est-ce pas !… « étagée là-haut comme sur les gravures ».

 

-Professeur Y : Et bien, il faut que je vous dise : ça ne va pas du tout ! On n’y comprend rien. Vos photos là, c’est louche ! Vous y êtes vraiment allé ? Voir la mer !

 

-François Salès : La mer ? Ah non ! Tout fait depuis chez moi !  Trois cents kilomètres de la moindre mer. Au moins c’est clair ! On ne peut pas plus honnête !

 

-Professeur Y : Alors dans ce cas vos photos, ce sont pas des photos ! Excusez moi, ça n’atteste pas. C’est pas réel, ça vaut pas. C’est de la peinture ! C’est du lavis !

 

-François Salès : Ah, non ! non ! non ! de la photo ! Et laissez moi vous dire : l’essence profonde de la photo, comme on dit, c’est pas « l’attestation du visible »… vulgarité que montrer ce que voient les yeux ! « Pas regardable, ce qui a existé ». Non, sa vraie singularité ? Révéler l’invisible. Rontgën, rappelez vous ! Pas Daguerre, Rontgën ! Les squelettes au grand jour ! L’image latente ! Vous n’iriez pas reprocher à Saint-John Perse de n’avoir pas écrit Eloges depuis le bastingage d’un paquebot ?

 

-Professeur Y : Evidemment.

 

-François Salès : Alors pour  ramener une photo de la mer, ne me demandez pas d’aller la voir !

 

-Professeur Y : Ah bon.

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